La programmation urbaine est une démarche au service de l’intelligence du territoire. La ville a besoin de méthode et c’est à ce titre que la démarche de programmation urbaine a été mise au point. Elle doit être la première des préoccupations des élus pour les aider à définir des stratégies opérantes en faveur des politiques publiques dont ils ont la charge. Cet article en décortique certains principes en insistant sur la notion de veille sur la démographie et l’importance des politiques de peuplement qui commandent à la programmation logement seule garante du dynamisme de la commune. Il met en exergue le rôle imminent du diagnostic stratégique de programmation, socle de la participation citoyenne, comme source d’inspiration et comme cap du projet politique ; diagnostic construit avec et par les habitants dans un souci de partage des enjeux et objectifs que ce dernier révèle. Il rend indispensable l’absolue nécessité de la participation citoyenne comme méthode de construction des stratégies urbaines du politique.
La commune de Montigny-le-Bretonneux dans la ville nouvelle de Saint-Quentin en Yvelines
Imaginé en 1965 dans le cadre du 1er Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région Parisienne (SDAURP), le programme des cinq villes nouvelles d’Ile-de-France conduira à partir des années 70 à la création de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines.
A cet effet un Établissement Public d’Aménagement (EPASQY) est mis en place le 21 octobre 1970 en vue de concevoir un projet en étroite relation avec le syndicat communautaire d’aménagement de l’agglomération nouvelle (SCAAN) créé la 11 août 1972 réunissant onze communes : Élancourt, Trappes, Montigny-le-Bretonneux, Guyancourt, Voisins-le-Bretonneux, Magny-les-Hameaux, La Verrière, Plaisir, Bois-d’Arcy, Coignières et Maurepas.

Dans le respect des grands principes d’urbanisme développés par Paul Delouvrier, les villes nouvelles se distingueront du modèle proliférant des lotissements de maisons individuelles fortement consommateur de terres agricoles par leur forte densité d’une part, et par leur intensité et leur mixité fonctionnelle, du modèle des grands ensembles, à la faveur de leur processus de programmation d’autre part.
Cette stratégie est rendue possible par l’articulation de leur centre-ville autour de programmes de logements collectifs arrimés à un important équipement commercial et de services structurants à dominante urbaine intégrant l’activité tertiaire et se greffant directement aux infrastructures de transport, gares ferroviaire et routière.
La programmation des villes nouvelles participe d’une critique virulente du modèle des grands ensembles. Le projet des 350 grands ensembles avait définitivement pris fin le 21 mars 1973 en raison notamment de son absence totale de mixité fonctionnelle, d’équipements et de transports en commun qui lui avait été fatal. Le programme des villes nouvelles se distinguera des grands ensembles par ses méthodologies de conception mettant en dialogue un syndicat composé d’élus avec un établissement public composé d’experts aux multiples compétences en urbanisme. La programmation urbaine, comme démarche de fabrication de la ville y est d’ailleurs inventée.
Conformément aux propos de Delouvrier, pour assurer une réelle optimisation des investissements publiques en infrastructures de transport et d’équipements structurants et offrir par-là une liberté de choix de résidence aux actifs de la région parisienne, la ville nouvelle est articulée à deux gares ferroviaires situées à Montigny-le-Bretonneux et à Trappes.


Pour encourager les habitants à préférer les typologies d’habitat collectifs ou intermédiaires, les urbanistes proposeront une offre diversifiée de logements centrée sur le secteur dense de la gare très bien desservi.
Un débat tenace aura lieu à l’époque de l’élaboration de l’hyper centre entre des élus qui géraient jusqu’alors des communes fort peu peuplées et l’établissement public qui visait l’objectif de fabriquer une ville. Consécutivement aux déconvenues de la politique nationale des grands ensembles, il ne pouvait plus être question de réaliser un urbanisme de zonage monofonctionnel, principe malheureux qui était aussi la marque du modèle des lotissements de maisons individuelles. Le modèle d’aménagement préféré de nos élus, les lotissements strictement habités de pavillons individuels montrait déjà ses limites depuis quelques années tant il favorisait un étalement urbain fortement consommateur de milliers d’hectares de bonne terre vivrière. Les lotissements de pavillons étaient la caricature d’un urbanisme monofonctionnel de très faible densité, générateur de voiries et de réseaux divers, promoteur de ségrégations sociales et d’individualismes multipliant les déplacements en voiture individuelle ; un projet inconcevable dont les préjudices écologiques ne sont plus à démontrer.
Les architectes urbanistes programmistes de l’Établissement Public d’Aménagement de la ville nouvelle connaissaient bien les bénéfices de la densité et de la mixité urbaines sur le temps long de la ville pour en garantir son intensité et maintenir durablement la qualité de ses services. A l’origine du concept, l’idée des villes nouvelles était d’en faire des systèmes urbains qui fassent concurrence avec Paris et sa première couronne. La conception de Saint-Quentin-en-Yvelines sera éprouvée par des controverses dont les conséquences se mesurent bien aujourd’hui.

Le projet des concepteurs du centre-ville de Montigny visait à renouer avec la culture de l’ilot urbain classique, modèle qui a largement fait ses preuves tout au long de l’histoire des villes.
L’ilot vernaculaire multifonctionnel à propos duquel tous les experts concèdent qu’il sera la solution pour répondre au défi climatique, à la surexploitation d’espace naturel et à la diminution des mobilités se vérifie comme le modèle d’urbanisme le plus résilient.


Fribourg-en-Brisgau est la première ville européenne gérée par les écologistes au début des années 90. Elle a largement fait la preuve par les multiples applications de toutes les versions possibles de l’îlot mixte de l’opportunité d’une forme urbaine qui consomme indéniablement moins d’espace, rapproche au mieux les populations des aménités urbaines et garantit une qualité de vie certaine, offre des espaces publics pacifiés et des cœurs d’îlot paysagers.

Le projet tel qui avait été conçu à Montigny envisageait de concurrencer les métropoles d’équilibres en proposant une large gamme d’équipements de grand rayonnement (scène nationale, cinéma, médiathèque, conservatoire, université…) une offre commerciale de centralité (Centre commercial intégré comprenant hypermarché, galerie commerciale et rue piétonne largement achalandée répondant à un large panel de besoins évitant ainsi l’évasion des clients) et un fort niveau de services (cabinets médicaux et de soins, laboratoires, indispensables en zone de forte intensité urbaine), tout ceci permettant de se mesurer aux grandes villes du territoire.
L’enjeu d’inventer un centre nouvelle génération qui résiste à l’attractivité de Paris

Cette centralité de nouvelle génération aurait pu notamment s’enrichir de services publics (Mairie, PMI, maison de quartier, maison des étudiants, police municipale, services indispensables en zone de forte intensité urbaine).

Le centre-ville sera pensé par les experts comme outil attracteur. L’hypercentre demeure un modèle du genre presque unique en Europe qui sert d’exemple pour de nombreux observateurs en France mais aussi à l’étranger.
En effet, les concepteurs ont eu la bonne idée (bien avant la politique de densification foncière PPG 13 de Londres et le programme ABC Hollandais) d’assembler à proximité immédiate des gares, des parcs de stationnement, un socle commercial et de services auquel s’agrégeaient des programmes de logements collectifs aux typologies diversifiées allant de l’immeuble collectif classique en passant par des logements intermédiaires et des maisons de villes sur dalles de commerces.

Les principaux programmes de logements collectifs, intermédiaires ou de maisons individuelles denses s’enroulent au pourtour d’îlots constitués d’un soubassement commercial, à la manière de l’îlot vernaculaire historique, lui-même posé sur un parc de stationnement souterrain.

Cette articulation ingénieuse qui permet de faire cohabiter une importante diversité de programmes est de nature à garantir une authentique mixité urbaine. Cette résolution spatiale demeurera longtemps un exemple à suivre dans la conception de la ville active. Dans ce centre-ville, les ilots urbains majoritairement constitués d’un socle commercial supportent des logements autour d’une cour.
Seulement, il faut bien avouer que si le centre commercial intégré dans un large ensemble de logements a bien été réalisé selon les ambitions originelles, le projet de centre quant à lui a dû subir les affres de multiples renoncements qui porteront durablement préjudice à la ville nouvelle. Que de temps en négociations perdues en défaveur du succès promis.
Les villes nouvelles au centre d’un débat sur la ville et aux sources de méthodologies pour la conception des villes.

À l’époque ou l’Institut National des Etudes Démographiques (INED) dénonçait les déficiences d’offre structurelle et de mixité fonctionnelle qui avaient été préjudiciables aux grands ensembles, à l’époque où commençaient à se vérifier les dangers de l’urbanisme expansif en lotissements pavillonnaires pour la consommation de terres agricoles mais aussi au risque du recours systématique à une mobilité exclusive en voiture individuelle,
les réponses qu’apportaient les professionnels de l’urbanisme dans la conception du centre-ville de Montigny-le-Bretonneux étaient plus que bienvenues pour répondre aux défis écologiques et civilisationnels qui s’annonçaient
. En réponse à la grille de programmation Dupont de 1958 qui montraient ses limites, les premières démarches de programmation systémiques de la recherche urbaine allaient être avantageusement mises en œuvre dans les villes nouvelles. Les vieilles méthodes de planification technocratique des ingénieurs des ministères avaient été mises à mal avec les cités dortoirs qui montraient leurs défaillances avec les premières révoltes urbaines des cités de banlieues. Celles-ci répondaient mal aux évolutions rapides de la population française des années 60. Le projet urbain méritait mieux. La programmation urbaine voyait le jour opportunément dans ces années 70 pour inventer une méthode de conception des systèmes urbains plus aptes à répondre à la plasticité des villes sur le temps long.
La question de l’hypercentre
Un centre-ville ambitieux mais largement sous-dimensionné pour résister à la concurrence de nouveaux centres avec le temps.
La partie dense du centre de Montigny aurait pu être trois fois plus importante en surface, ce qui au passage ne lui aurait conféré qu’un doublement de son diamètre. Un centre-ville de même densité spatiale mais de plus grande taille en aurait amélioré substantiellement la résilience à long terme. L’épannelage du quartier centre de Montigny descend trop rapidement du Rez-de-chaussée plus sept étages (R+7) au plus près de la gare vers de la maison de ville à R+1 à faible distance de cette dernière. Une centralité plus ambitieuse en termes d’urbanité aurait conduit à une plus grande résilience dans le temps du système urbain dans son ensemble, à une résistance améliorée de son complexe commercial. Résistance aussi pour une offre de logements plus large et plus diversifiée qui aurait permis de rester au-dessus du point-mort démographique et donc de satisfaire durablement à la jauge des équipements.
Le centre commercial s’est vite avéré surdimensionné pour ce centre-ville trop petit au sein d’un projet urbain sous-dimensionné. En effet, ce centre commercial, indépendamment de sa notoriété est devenu fragile avec le temps :
- Fragile parce que surdimensionné par rapport à sa zone de chalandise et ce, bien que ne connaissant pas de concurrence à des kilomètres à la ronde à l’époque. L’ensemble est resté longtemps très efficace parce que l’essentiel de sa clientèle y vient à pied ou en transport, ce qui le différencie des hangars commerciaux classiques construits depuis les années 60.
- Ce centre commercial va connaître ses premières difficultés en raison de la création de nouveaux centres régionaux éloignés accessibles seulement en voiture. Situation dont les élus sont totalement responsables puisque décidée à la faveur de leur accord en Commission Départementale d’Equipement ou d’Urbanisme Commercial. En effet, le départ choisi et organisé par les élus de certains types de commerces conduit à retirer au centre des segments indispensables de l’offre. Des secteurs de chalandise qui disparaissent conduisent irrémédiablement à une évasion de certaines typologies de clientèle.
- La faiblesse des élus quant à débattre sur une politique de peuplement a fortement modifié le profil social mais aussi générationnel de leur territoire, ce qui a porté préjudice au centre commercial.
- La montée en puissance de la vente en ligne participe aujourd’hui à son déclin définitif, phénomène plus général.
Montigny-le-Bretonneux n’est pas une ville comme les autres
Conçue comme l’une des entrées et centre névralgique de la ville nouvelle, Montigny ne connaît son lent étiolement que depuis ces deux dernières décennies. Vieillissement et déplétion de la population est la caractéristique des secteurs d’aménagement peuplés en une courte période par un segment générationnel de population et plus particulièrement dans les lotissements de maisons individuelles.
Montigny aujourd’hui, c’est à peine plus de 15 000 logements sur un territoire où on aurait pu largement en compter le double, sans pour autant porter préjudice à son paysage ni aux espaces verts. Un tiers des habitants résident en maisons individuelles contre deux tiers en appartements en collectifs.

Avec moins de 1 000 habitants au début de la création de la ville nouvelle, Montigny a vu rapidement sa population passer à 14 000 au début des années 80 pour atteindre les 30 000 au début des années 1990.
En 2023, la commune comptait 32 465 habitants. Ce peuplement rapide par une classe d’âge plutôt jeune a contribué à faire de la ville nouvelle en générale, et de Montigny en particulier la commune la plus jeune de France dans les années 80, 90. Mais la commune « mono-générationnelle » a aussi assisté au lent vieillissement des habitants de la fin des années 70 aux années 2020.

Dès lors que ce peuplement mono générationnel, rapide et uniforme de la ville nouvelle en deux décennies n’a pas été articulé à une programmation logement en capacité d’accueillir des populations plus diversifiées, une génération a vécu et vieilli sur place, les enfants sont partis et la population connaît désormais sa lente diminution.
Les familles jeunes se sont épanouies dans une ville désirable parce que bien conçue. Elles y ont eu des enfants qui sont partis vivre leur vie d’adulte, laissant là les primo-arrivants. La population des maisons s’est réduite mécaniquement, comme c’est toujours le cas en lotissement où le recyclage est plus lent que dans les secteurs où les typologies d’offres sont plus diversifiées. La taille des ménages a diminué fortement.

Le nombre d’individus par ménage se réduisant, c’est la population qui en fait de même si le nombre de livraisons de logements est faible. Toute collectivité est invitée par conséquent à veiller sur les dynamiques de sa population, et c’est bien plus évident encore dans les villes nouvelles compte-tenu des conditions de leur peuplement.
Trois grandes motivations s’articulent autour de la veille sur l’évolution de la population.
La question du peuplement est le plus souvent un angle mort dans la pensée du politique. Qui dit peuplement efficace pour la résilience d’un système urbain dit forcément mixité sociale et appelle de fait un débat sur la diversité de l’offre logement. Cette discussion est pourtant essentielle pour construire une politique du logement. Elle en détermine non seulement les contours mais elle répond surtout à des enjeux non négligeables pour le bon équilibre de la collectivité tout entière.
Une politique du logement ambitieuse inscrit sa réflexion dans les perspectives de :
- Définition des typologies d’habitat entre accession et locatif, des catégories et tailles des logements à proposer pour accueillir des profils de ménages diversifiés ;
- Maintien à niveau de la jauge des équipements voire d’une production nouvelle ;
- Satisfaction d’une demande émanant des actifs employés sur site mais n’y habitant pas ;
- Assurance faite à tous les employeurs de pouvoir accueillir leurs employés ;
- La mixité générationnelle constitue une garantie de dynamisme du territoire.

A Montigny, seuls 38 % des ménages comptent des enfants. Un phénomène qui se rapproche de l’Europe.

En regard des considérations qui précèdent, on constate combien cette veille sur le peuplement constituerait une opportunité en faveur d’une réflexion sur l’attractivité du territoire.
Saint-Quentin-en-Yvelines est une centralité métropolitaine. Montigny-le-Bretonneux participe de cette logique en concentrant un nombre important d’équipements de grand rayonnement.

La ville brille aussi par ses employeurs et le nombre d’emplois offerts qui est largement supérieur au nombre d’actifs résidents. Un nombre conséquent d’emplois offerts sur la commune sont pourvus par des actifs venant de l’extérieur, ce qui occasionne d’importants flux journaliers domicile travail.

La ville nouvelle voit chaque matin arriver consécutivement des jeunes cadres salariés sur site qui rencontrent des difficultés pour s’y loger faute d’offre suffisante, des étudiants qui regagnent leur logement loin de leur lieu d’études et d’actifs indispensables pour les services et les commerces.
Il en résulte d’importantes migrations pendulaires qui peuvent être dommageables au dynamisme de la ville.
Le succès de la gare de Montigny, deuxième pôle multimodal des Yvelines et dû à ces migrations quotidiennes des étudiants et des employés, des populations jeunes qui ne résident pas sur le territoire de la commune. Ces populations jeunes non-résidentes, absentes de la zone de chalandise et du tissu socio-économique portent notamment un lourd préjudice au dynamisme des commerces dont témoigne le déclin du centre commercial.

L’Ile de France se présente comme une caricature de la ségrégation socio-spatiale en ce qu’elle assigne à résidence les personnes les plus utiles dans les emplois de services et d’aide à la personne dans le seul département du 93, tandis qu’elle oblige les jeunes actifs à s’installer dans le 77. Une des raisons de la disqualification du centre de Montigny et de la diminution des effectifs scolaires provient de l’incapacité de cette ville à proposer des logements accessibles aux jeunes familles qui viennent travailler chaque jour.
Mixités sociale et fonctionnelle
Pour promouvoir la mixité sociale, mais aussi garantir au plus près le déroulement effectif de toutes les fonctionnalités urbaines dont l’employabilité sur le territoire, il importe de se pencher sur la multiplicité des typologies de logements mais aussi sur la diversité des ménages.
- Entre la maison individuelle, l’individuel groupé ou la maison de ville ou encore les programmes intermédiaires et collectifs, une philosophie s’insinue. L’aptitude à la rotation de chaque type d’immeuble joue un rôle important. L’occupation de la maison individuelle est la typologie de logement qui vit son renouvellement d’occupant le plus lentement ; il arrive couramment que les lotissements connaissent un renouvellement intégral de leur population en 50 ans. Attractifs pour les jeunes ménages avec enfants, ces pavillons connaissent un désintérêt en raison de leur éloignement des gares et des aménités urbaines ; éloignement consécutif à leur faible densité d’unités à l’hectare. Les programmes un peu plus denses de maisons de villes apportent une réponse alternative mais ne peuvent en aucun cas se dispenser d’un véhicule personnel. Ce sont les programmes denses rendus possibles là où le prix du foncier est le plus élevé qui devraient satisfaire le mieux à la mixité.
- Seuls, l’habitat intermédiaire mais surtout le collectif, sont en mesure de proposer une multiplicité de tailles de logements et de dispositifs de plans et sont les plus propices à répondre à la diversité de la demande, à garantir mixité sociale et intergénérationnelle.
- La fonction de résidence principale se résout indistinctement entre occupation en pleine propriété ou offre locative publique et privée. Il est par conséquent souhaitable pour les édiles d’encourager la construction de logements de tous types. Il est dans l’intérêt de la collectivité de promouvoir la mise en œuvre de programmes d’habitat locatif publique qui présentent l’avantage de satisfaire une population variée et donc susceptible de répondre à la diversité de l’offre d’emploi. Le logement social, comme première d’un parcours résidentiel, garantit plus facilement la rotation des population jeunes. 70% des français sont éligibles au HLM par leurs revenus, il n’est donc pas inutile d’en promouvoir la production au-delà des 20% de logements sociaux exigés par la loi Solidarité et Renouvellement Urbains (SRU). La coopérative d’habitat réhabilitée par la loi Alur en 2014, et les organismes fonciers solidaires apporteront bientôt la réponse au déficit de logements comme à leur diversité. Le Bail réel solidaire créé par ordonnance du 20 juillet 2016 permet de proposer du logement en soulageant les futurs propriétaires du poids du foncier.
Pourquoi faut-il prévenir l’entre-soi dans les quartiers ? En quoi la mixité sociale est-elle un gage de sécurité ?
La programmation urbaine doit s’efforcer de garantir l’accueil, sans distinctions de toutes les populations quelles que soient leurs conditions, dans le but de répondre au mieux à la demande de tous les types d’employeurs. La caractéristique première des ménages des premiers déciles fiscaux est que leurs membres pourvoient à des emplois postés et de proximité (soin à la personne, commerce, assistants de services ou personnels d’entretien…). Ces personnes à faible revenu employables selon des amplitudes horaires exigeantes ne doivent pas souffrir de déplacements quotidiens trop contraignants. En les logeant au plus près de leurs employeurs, la collectivité ne satisfait pas seulement à leur ponctualité et à leur santé mais aussi à toutes les difficultés de la vie quotidienne des personnes captives de leurs revenus. il n’est pas inutile de rappeler combien le rééquilibrage de l’accueil indifférencié et plus uniformément réparti de tous les types de ménages (familles, individus, revenus…) est motivé par la volonté de réduire les temps et les distances des migrations journalières, donc d’apporter confort de vie et de réduire le bilan carbone de chacun. C’est un enjeu de solidarité citoyenne.

Dans la ville nouvelle, Montigny ne satisfait pas à ces objectifs de pluralité des Ménages en accueillant prioritairement des cadres accomplis plutôt que des jeunes cadres ou des employés. On voit combien la concentration des ménages à bas revenu dans certains secteurs de la Région est de nature à multiplier les longs déplacements rédhibitoires et proprement contre-productifs pour le grand ouest.

La répartition des populations selon leur revenu dans le territoire francilien met en évidence une forte concentration des ménages les plus aisés à l’ouest de la Région au détriment de l’est francilien qui se situe en-dessous de la médiane des revenus, et du département 93 qui est habité par les plus pauvres d’entre nous. La mixtion des populations évite indéniablement les effets de ghetto ou de réclusion spatiale. Elle est de nature à faire cohabiter des générations ou des personnes de conditions multiples, ce qui assure le ciment des sociétés évoluées.
Où se fonde la programmation urbaine ?
De l’urgence de produire un état des lieux sensible de notre territoire de sorte que les enjeux qu’il révèle soient bien la seule et vraie source d’inspiration des projets.
Le premier acte le plus élémentaire que les élus sont invités à mettre en œuvre, lorsqu’ils prennent leur fonction, doit se diriger sans ambiguïté vers la production d’un diagnostic de territoire. Largement détaillé dans le rapport de présentation du Plan Local d’Urbanisme (PLU), en ce qui concerne les caractéristiques physiques, factuelles et les grandes dynamiques de l’économie générale de leur commune. Ces éléments du diagnostic sont largement insuffisants et ne reflètent en rien les conditions d’habitat de nos concitoyens.
En ce qu’elle détermine les contours de leurs prérogatives et oriente leur politique, cette compréhension techniciste n’en demeure pas moins imparfaite et doit impérativement être complétée par des données plus sensibles recueillies auprès des habitants et caractérisant leur expérience vécue.
Tout acte politique ayant un effet sur notre environnement est systématiquement sanctionné par une enquête publique.
Depuis l’année 1976 on ne compte plus les innombrables lois qui exhortent le politique à une pratique honnête de la concertation des populations comme préalable à leur décision d’engagement. Il va de soi que ces procédures qui gouvernent aux processus de production de leur ambition politique sont bien trop confidentielles, le nombre des pièces à consulter rédhibitoire et leur contenu matériel ardu quand ce n’est pas abscons. L’accès à ces dossiers indigestes et insuffisamment didactiques constitue la première cause de désertion des habitants à la consultation des dossiers publics. Aussi n’est-il pas inutile de rénover les conditions de pratique de l’exercice de la décision publique.
L’accès à l’information et à la participation du public au processus décisionnel et à la justice en matière d’environnement sont définis depuis la convention d’Aarhus de 1998.
Cette convention internationale ratifiée par la France en 2002 et rendue constitutionnelle en 2004 vise explicitement l’association des habitants aux procédures relatives aux projets d’aménagement. Constitutionnelle, la charte de l’environnement dans son Article 7 prévoit : « Toute personne a le droit d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement ».
Outre que l’association des habitants à la maturation d’un projet est de nature à dissiper les malentendus et à réduire les conflits, elle peut surtout améliorer notoirement l’adhésion des personnes concernées par le projet en ce qu’il est bien plus en capacité de répondre à des objectifs qui émanent de leurs attentes.
La parole habitante est la mieux à même de témoigner de tous les déficits d’usage de son environnement et des désagréments vécus par les habitants eux-mêmes dans leur pratique fréquente aussi bien de l’espace que dans leur relation avec l’administration.
La participation citoyenne a explicitement vocation à identifier des besoins, des malaises, des incohérences, des déficits liés à des expériences, mais elle augure aussi de la confirmation des qualités, des bénéfices d’un lieu ou d’une relation avec des services, des expériences heureuses. L’association des habitants au processus de projet doit commencer par la construction d’un diagnostic habitant, recueil indiscutable, non orienté mais circonstancié rendant compte des pratiques de vie de chacun. La qualité d’une décision politique se mesure toujours au niveau d’adhésion des populations relativement à la prise en considération des conclusions d’un diagnostic partagé.

De l’impérieuse nécessité de faire la part entre les modalités d’association des populations et les réelles étapes de prise de responsabilités délibérative, financière, technique, juridique et administrative.
La réussite des projets se mesure à la qualité de la démarche de projet mise en œuvre par les élus et leurs services. L’association des personnes dépositaires de la maîtrise d’usage y contribue amplement.
Un projet s’élabore par paliers et se confronte dans sa maturation à différentes étapes de validation. Il émerge le plus souvent de la pertinence d’un besoin, de la nécessité d’une intervention pour corriger des faiblesses, un dysfonctionnement. Le processus de projet progresse vers une amélioration plus conforme à nos attentes des habitants. C’est pourquoi cette étape fondatrice s’appuie sur la production collective d’un diagnostic partagé par le plus grand nombre. C’est de ce diagnostic que l’enjeu émerge. Lorsque la collectivité politique s’engage dans un processus correctif bénéfique à la population, elle pourra alors être assurée de son adhésion au projet.
Les élus ne disposent pas des expertises indispensables à la mutation de la ville. Pour donner le change, ils fonctionnent au jugement, ce qui les trompe et réduit considérablement le champ de leur imaginaire.

Les principales embûches de la participation des habitants à la construction des projets
A force de ne pas prendre en considération la parole citoyenne, les manifestations de mécontentement, les doléances de la population, à force de ne pas mettre à exécution leurs programmes électoraux, les élus sont déconsidérés dans leurs fonctions et les populations se détournent des urnes, ignorent les enquêtes publiques et boudent les réunions publiques pour lesquelles les habitants se sentent pris en otage.

Il importe par conséquent d’inventer des méthodes plus fédératrices pour accueillir la parole citoyenne. En suscitant l’intérêt de leurs administrés, les élus améliorent leur crédibilité. Les populations sont largement aussi éduquées que leurs représentants et ne supportent plus d’être infantilisées. Elles demandent plus de légitimité et plus d’engagement de leurs élus à écouter pour construire la décision ; une décision motivée par un meilleur niveau d’ambition et non sur de simples jugements.
Il est indispensable que le mandat électif s’applique à destination de l’ensemble de la population dans toutes ses composantes. Les élus doivent faire preuve de sympathie à l’égard de tous leurs administrés et leur apporter écoute et bienveillance quand bien même ils ne partageraient pas leurs opinions.

Article de Patrick CHOTTEAU
Architecte urbaniste
Candidat sur la liste Montigny Solidarité 2026

